Comment réduire la quantité de déchets générés par les employés d’une entreprise ? En leur enlevant leurs poubelles individuelles, a pensé CAE. Bien sûr, les matières résiduelles n’ont pas disparu par magie, mais elles sont mieux triées. Et mieux revalorisées.

Il faut regarder sous les bureaux pour constater ce que le siège social de CAE a de particulier.

Ici, il n’y a pas de poubelles individuelles.

À la place, des îlots de tri ont été installés dans les aires de travail, chacun doté de quatre bacs : un pour le papier et le carton, un pour les autres matières recyclables, un pour les matières organiques et un pour les déchets ultimes.

L’idée, née de la volonté des employés d’en faire plus pour l’environnement, n’était pas une mince tâche : quelque 4300 personnes travaillent dans ces immenses locaux de 1 million de pieds carrés, situés au bout des pistes de l’aéroport de Dorval.

« On a enlevé 8000 poubelles », explique à La Presse Claire Aubert, chef de groupe, environnement, santé et sécurité de l’entreprise spécialisée en formation dans les domaines de l’aviation civile, de la défense et sécurité et de la santé.

S’il y a eu des réticences de la part de certains employés au départ, l’initiative est maintenant source de fierté, notamment pour Marie-Claire Caillard, qui travaille au soutien à l’ingénierie.

« C’est une bonne chose ; on ne suit pas un mouvement, on lance des changements. »

– Marie-Claire Caillard, employée

Marie-Claire Caillard, employée chez CAE... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE) - image 3.0

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Marie-Claire Caillard, employée chez CAE

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Même les clients et les autres visiteurs doivent s’y faire : les poubelles ont aussi été retirées des salles de réunion.

Bénéfices pour la santé

Le retrait des poubelles individuelles a permis à CAE de diminuer de 45 kg la quantité de déchets ultimes générée annuellement par employé ; elle est passée de 389 kg à 344 kg, une réduction de 12 %.

L’entreprise estime aussi avoir composté 31 800 kg de matières organiques en 2018.

Mais les bénéfices ne sont pas qu’écologiques ; l’initiative a permis de réduire les « risques ergonomiques » pour les concierges.

« Se pencher de 200 à 400 fois par jour [pour vider les poubelles], ça causait un inconfort aux employés », explique Isabelle Bigonnesse, gestionnaire de l’entretien ménager.

Cette tâche en moins a fait épargner une heure et demie de travail à chacun des 43 employés d’entretien, qui ont ainsi pu consacrer ce temps à de « l’entretien plus en profondeur », explique-t-elle.

« Le bâtiment est plus propre ! »

– Isabelle Bigonnesse, gestionnaire de l’entretien ménager

Isabelle Bigonnesse, gestionnaire de l'entretien ménager chez CAE... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE) - image 5.0

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Isabelle Bigonnesse, gestionnaire de l’entretien ménager chez CAE

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Même le médecin de l’entreprise était favorable à l’initiative, puisqu’elle force tous les employés, dont beaucoup ont un travail très sédentaire, à se lever et à bouger, souligne Claudia Boies, chef de service principale aux communications.

Les clefs du succès

CAE considère que le retrait des poubelles est un succès ; seuls 18 % des employés se sont initialement dits insatisfaits et ont eu besoin d’un temps d’adaptation plus long.

C’est d’ailleurs la communication et l’implication des employés qui ont été déterminantes, estime Claudia Boies, notamment grâce aux « ambassadeurs ».

Ces « gens qui avaient ça à coeur » avaient le rôle d’expliquer la démarche à leurs collègues, dont ils n’étaient pas les supérieurs hiérarchiques, de répondre à leurs questions et d’ainsi bonifier les mesures mises de l’avant par l’employeur.

L’entreprise a aussi procédé par étapes : un projet pilote impliquant trois groupes d’une centaine de personnes a d’abord été instauré, en 2016, puis d’autres secteurs se sont ajoutés jusqu’à ce que la totalité du siège social soit « converti », à la fin de 2018.

Si la plupart des craintes concernaient les possibles odeurs pouvant émaner des îlots de tri, il s’avère que ce système les atténue, a constaté CAE, notamment parce que les poubelles, moins nombreuses, sont vidées plus souvent.

« Il n’y a plus de nourriture dans les poubelles, alors il n’y a plus d’odeurs désagréables. »

– Steve Goyette, employé

L’initiative a même amené des employés à changer les habitudes de leur famille, comme Anna Grabowski, qui travaille chez CAE depuis plus de 19 ans.

« On a commencé à [trier nos matières résiduelles] à la maison », a-t-elle indiqué à La Presse, qui l’a croisée à la cafétéria.

Sa collègue Anastasia Serebrianaia apprécie la nouvelle façon de faire, qui lui procure plus de certitude que ce qu’elle met au recyclage est « vraiment recyclé ».

Claire Aubert considère que le retrait des poubelles n’a pas coûté grand-chose à l’entreprise : un audit de ses déchets – qui a notamment révélé que les poubelles individuelles n’étaient remplies qu’à 5 % – ainsi que l’achat des îlots de tri.

« C’est minime comme coût, si on le répartit sur 4000 employés. »

L'entreprise CAE a réduit de 45 kg la quantité... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE) - image 8.0

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L’entreprise CAE a réduit de 45 kg la quantité moyenne de déchets générés annuellement par ses employés.

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Quantité de déchets générés annuellement par employé

389 kg en 2014-2015 (avant le retrait des poubelles)

344 kg en 2018-2019 (après le retrait des poubelles)

Source : CAE